Kinshasa, Jeudi 24 juin 2026 – L’effervescence des grands jours régnait au sein de l’amphithéâtre AGORA de l’Université Technologique Bel Campus (UTBC). Face à une menace sanitaire de plus en plus pressante en République Démocratique du Congo, la Faculté de Médecine a pris ses responsabilités académiques et sociétales en organisant une conférence d’envergure internationale. Le thème, crucial, a captivé l’auditoire : « CANCER COLORECTAL : Réalités et enjeux pour la République Démocratique du Congo ».

Dans une salle comble, le corps professoral, les scientifiques, les chefs de travaux, les assistants ainsi qu’une foule immense d’étudiants ont communié autour du savoir. Signe de la résonance globale de l’événement, plus de 261 participants connectés en ligne ont suivi en direct les échanges sur les plateformes numériques de l’institution.

Pour orchestrer ces débats de haute facture, la modération a été confiée au Dr Joshua KAPATA. Expert, pédagogue et clinicien chevronné, le Dr KAPATA a su insuffler un rythme dynamique aux échanges, vulgarisant les concepts complexes tout en maintenant la rigueur scientifique indispensable à un tel sommet médical.

L’ouverture des travaux : La relève et la conscience étudiante

L’événement a débuté par un brillant rappel anatomo-physiologique et histologique du côlon, magistralement présenté par l’étudiante Marie-Louise KODONGA DANDJA (B3 Médecine – UTBC), prouvant la qualité de l’enseignement dispensé au sein de l’établissement.
Prenant la parole à sa suite pour introduire la perspective des futurs praticiens, Pierre WALIINWA TSHIKANGA, Délégué des étudiants de la Faculté de Médecine (3ème Doctorat), a marqué les esprits par un plaidoyer vibrant :

« Cette conférence n’est pas un simple exercice académique ; elle est un appel aux armes pour notre génération. En tant que futurs médecins, nous sommes les premiers témoins des ravages de cette maladie. Nous devons nous approprier ces connaissances pour devenir des ambassadeurs de la prévention et du diagnostic précoce à travers toute la République. »
Les panels scientifiques : Décrypter, diagnostiquer et traiter
1. La vision du Pathologiste : Comprendre la maladie à la racine
Le premier exposé a été magistralement mené par le Dr Rive LUKUAKU BUANZA, Chef de Travaux, Pathologiste et Spécialiste aux multiples compétences (Biologie moléculaire, Oncologie digestive, Pathologies cancéreuses).

Avec la précision chirurgicale qui le caractérise, le Dr LUKUAKU BUANZA a disséqué les causes et les mécanismes intimes de la maladie. Il a mis en lumière la dangerosité des mutations génétiques et moléculaires qui transforment une muqueuse saine en tumeur maligne. Évoquant les conséquences, il a alerté sur l’évolution destructive de la maladie en l’absence de prise en charge : obstructions intestinales, métastases hépatiques et pronostic vital engagé. Côté traitement, il a insisté sur l’importance d’une approche ciblée, combinant chirurgie, chimiothérapie et thérapies innovantes, tout en rappelant que le meilleur traitement reste celui que l’on applique tôt.
2. Le regard de l’Interniste : La réalité du terrain clinique
Le second intervenant, le Dr Jean-Jacques MATIMBO KOYONDELE, Médecin Interniste et Hépato-gastro-entérologue de renom (CUK, HJ, Monkole), a apporté une perspective clinique indispensable. Référent des atteintes hépatiques chez les drépanocytaires, le Dr MATIMBO a partagé sa riche expérience des Réunions Pluridisciplinaires (RCP) en oncologie hépato-digestive aux Cliniques Universitaires de Kinshasa.

Le Dr MATIMBO a insisté sur la complexité de la prise en charge globale du patient en RDC. Il a exposé les réalités des symptômes souvent trompeurs (douleurs abdominales vagues, saignements attribués à tort aux hémorroïdes) qui retardent la consultation. Pour lui, l’enjeu majeur réside dans la coordination des soins entre internistes, chirurgiens et oncologues pour briser l’engrenage de la fatalité.
Un débat scientifique de haute intensité

À la suite de ces exposés, un débat d’une rare intensité intellectuelle a captivé l’assistance. Le Dr LUKUAKU BUANZA et le Dr MATIMBO KOYONDELE se sont prêtés au jeu des questions-réponses avec une générosité scientifique remarquable, répondant aux préoccupations pointues des étudiants et des professionnels de santé présents.

L’hommage et la vision de la Faculté
Clôturant cette journée mémorable, la Doyenne de la Faculté de Médecine, Professeure KAHINDO KIYONGA Aimée, a pris la parole pour exprimer sa profonde gratitude :

« Je tiens à remercier chaleureusement les Autorités de l’UTBC pour leur soutien indéfectible dans la réalisation de cette conférence. Mes félicitations s’adressent à nos brillants intervenants, à nos chercheurs, assistants et au Délégué des étudiants pour sa mobilisation. Cet événement prouve que notre Faculté ne se contente pas d’enseigner la médecine : elle produit la science qui sauvera le Congo de demain. »

Grand entretien : Les 3 axes de vérité du Dr Rive LUKUAKU BUANZA
En marge de la conférence, le Dr Rive LUKUAKU BUANZA, agissant également en sa qualité de Secrétaire Facultaire, a accordé un entretien exclusif au micro de la Presse UTBC.

1. L’alerte épidémiologique : Une transition nutritionnelle dangereuse
« Sur le plan épidémiologique, il faut savoir qu’en République Démocratique du Congo, nous faisons face à une augmentation silencieuse mais très préoccupante des cas de cancer colorectal. Faute de registres du cancer centralisés et systématiques, les statistiques exactes restent difficiles à cerner au niveau national, mais les données hospitalières de Kinshasa montrent une incidence de plus en plus élevée, touchant une population nettement plus jeune qu’en Occident.
Concernant les facteurs de risque chez les patients congolais, nous observons une transition nutritionnelle majeure : l’abandon progressif des régimes traditionnels riches en fibres au profit d’une alimentation calquée sur le modèle occidental, riche en viandes rouges, en aliments ultra-transformés et pauvre en légumes. À cela s’ajoutent la sédentarité urbaine, le tabagisme et la consommation d’alcool. Enfin, il ne faut pas négliger la part des prédispositions génétiques et des maladies inflammatoires chroniques de l’intestin qui, non suivies, évoluent vers la malignité. »
2. Le système de santé face au mur du diagnostic tardif
« Le diagnostic tardif est effectivement le nœud du problème. Aujourd’hui, plus de 80 % de nos patients arrivent à l’hôpital à un stade métastatique, là où les chances de guérison sont malheureusement très réduites. Les obstacles sont de trois ordres.
- Financier d’abord : l’absence de couverture santé universelle fait que le coût d’une coloscopie ou d’un scanner reste entièrement à la charge des familles, ce qui est prohibitif pour la majorité des Congolais.
- Technique ensuite : les infrastructures adaptées et le personnel qualifié (gastro-entérologues, pathologistes, oncologues) sont concentrés dans les grands centres urbains, créant un immense désert médical à l’intérieur du pays.
- Culturel enfin : il existe encore un fort tabou autour des maladies touchant le côlon et le rectum. La peur du diagnostic, le recours initial à la médecine traditionnelle ou l’interprétation spirituelle des symptômes retardent considérablement la consultation médicale moderne. »
3. L’UTBC en première ligne : Former des leaders de santé publique
« En tant qu’institution de formation d’élite, la Faculté de Médecine de l’UTBC a un rôle d’avant-garde à jouer. Les conclusions de cette conférence ne vont pas rester dans des tiroirs ; elles vont directement enrichir notre modèle pédagogique. Nous prévoyons d’intensifier la formation pratique de nos étudiants sur les signes d’alerte précoces du cancer colorectal afin qu’un futur médecin généraliste, installé n’importe où en RDC, puisse suspecter la maladie dès les premiers symptômes.
De plus, nous voulons encourager la recherche locale et initier des campagnes communautaires de sensibilisation animées par les étudiants eux-mêmes. L’UTBC doit former des médecins qui ne se contentent pas de soigner dans des hôpitaux, mais qui agissent comme des leaders de santé publique capables de transformer les mentalités et de vulgariser la prévention. »

Trésor ELUBMBU L.
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